Chers Frères et Soeurs,
Jésus gravit la Montagne et se met à enseigner. Après avoir été baptisé dans le Jourdain où il est manifesté comme le Fils Bien Aimé du Père sur qui repose l’Esprit, après avoir été tenté dans le désert traçant pour chacun d’entre nous un chemin, après avoir appelé ses premiers disciples, le Sauveur nous parle du Royaume. Ce discours est comme une introduction à tout son ministère qui le conduira jusqu’à Jérusalem, là où il subira sa Passion et mourra sur la Croix pour ressusciter et nous donner la vie. Ce n’est qu’à la lumière de la mort et de la résurrection du Christ que nous pouvons lire et comprendre les Évangiles et cela est particulièrement vrai pour les Béatitudes. Elles nous montrent tout le paradoxe de la vie chrétienne.
L’annonce du Royaume commence par l’annonce du bonheur que Dieu offre dès aujourd’hui. Heureux, Bienheureux. Il s’agit d’un bonheur donné par Dieu, nous n’avons pas à le conquérir à la force du poignet. Dans le langage de la Bible, l’usage du style passif : « Ils seront consolés, ils seront rassasiés » est habituel pour décrire l’action même de Dieu. Mais si ce bonheur donné par Dieu dépasse ce que nous pouvons imaginer lorsque nous le recevrons en plénitude, s’il est offert à tous les hommes puisque Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, il est une invitation à un renversement complet de nos valeurs. Le passage de la lettre aux Corinthiens que nous avons entendu proclamer aujourd’hui nous parle lui aussi de bouleversement. Le bonheur donné par Dieu n’est pas celui des puissants ou de ceux qui se croient tels, ceux dont les succès sont trop apparents pour être réels, ceux qui possèdent et se sentent forts. « Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ». Il y a la logique de la performance et la logique de l’amour désarmé et gratuit. C’est cette deuxième logique qui conduit au bonheur et à la vie. Nous n’avons plus à chercher notre gloire mais la gloire de Dieu. C’est ce qui nous permet de donner du fruit en abondance. « Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et la comprend : il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »
Heureux les pauvres de coeur, heureux les doux. L’on pourrait dire aussi parce ces mots ont des sens très proches, heureux les humbles. Face à Dieu, le pauvre de coeur sait qu’il a encore tour à apprendre de sa Parole, tout à recevoir de sa grâce. Le royaume des cieux est à lui. Comme à ses enfants dont le Sauveur parle dans l’Évangile : « Laissez les enfants, ne les empêchez pas de venir à moi, car le royaume des Cieux est à ceux qui leur ressemblent ». Les doux sont ceux qui sont humbles avec les autres, qui n’entrent pas en compétition, qui accueillent l’autre comme un frère et non comme un rival ou une menace et ils auront la terre en héritage. Comme nous y invite l’apôtre : « Ils sont dans la joie avec ceux qui sont dans la joie et pleurent avec ceux qui pleurent ».
Ces humbles sont affamés de justice, non celle qu’ils se donnent eux-même mais celle qui vient de Dieu. Ils sont affamés de la volonté de Dieu, celle qui nait de l’écoute et de la mise en pratique de la Parole. Et cette Parole fait d’eux des miséricordieux et des artisans de paix, c’est à dire de la communion entre Dieu et les hommes.
Mettant en parallèle, les Béatitudes et la Règle de Saint Benoît, nous pourrions trouver en elle comme un manuel pour les mettre en pratique. Mais si les Béatitudes nous sont adressées, elle dresse d’abord un portrait du Christ qui les a accomplit jusqu’à l’ultime, jusqu’au don total de lui-même. C’est donc en marchant à sa suite, sous la conduite de l’Évangile, pas à pas dans les Écritures que nous serons conduits à en vivre afin de mourir au péché pour vivre d’une vie nouvelle dans le Christ.
Père Vladimir



